C'était la merde. Les quatre derniers
jours avaient été bien merdiques et je me sentais trop à l'étroit
chez moi, il fallait que je sorte. J'avais pris mon vélo et j'étais
descendu, je savais pas où je voulais aller. Loin. Je roulais
mécaniquement, je pensais à tout ce qui s'était passé ces
derniers jours, je prenais presque un peu plus conscience à chaque
coup de pédale que tout ça faisait vraiment chier et que pour un
retour à la normale c'était foutu. Et puis cette merde de vent qui
soufflait dans mes roues et qui me donnait l'impression que chaque
mètre passé allait être le dernier avant d'aller m'écraser dans
la première voiture qui passerait par là. J'avais dû à peine
rouler vingt minutes, j'étais épuisé. J'étais pas allé aussi
loin que j'aurai voulu, à peine sorti du centre-ville. Je m'étais
arrêté devant le cinéma voir ce qui passait cette semaine. Rien.
Rien. Rien. J'étais remonté sur mon vélo et avait déambulé au
milieu des rues, pleines de gens dans les bars, j'aurai bien aimé
aller m'asseoir dans l'un d'eux, appeller une connaissance et qu'on
discute autour d'un verre. J'avais plus de thunes, ou pas assez en
tout cas pour les sacrifier dans un Coca à trois euros, j'avais pas
non plus vraiment envie de discuter, juste d'écouter quelqu'un qui
m'aurait parlé. Je m'étais juste contenté de rentrer chez moi.
J'avais voulu appeller le pote avec qui je parle habituellement quand
j'ai l'impression d'être dans la merde mais il semblait aller à peu
près aussi bien que moi, je doutais qu'on ait pu être d'une aide
précieuse l'un à l'autre ce soir. Ouais il y avait pas à tourner
autour du pot, c'était juste la merde.
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